les photos couleurs de L. Payan

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   Quatre vitraux découverts dans la malle de l'adjudant Payan...                           

 

    Ces "vitraux à suspendre"  sont destinés à être accrochés à l'extrémité de deux chaînettes et disposés devant une fenêtre.

       La zone centrale, entourée de deux bandes de verre coloré est habituellement occupée par une plaque de verre dépoli,

    devant laquelle un logement permet de glisser une plaque photographique positive. 

       

    Ici, deux vitraux abritent des vues  9 x 12 cm, a priori en noir et blanc.

                                             Une scène de battage  (n° 1)                                                                                        Une vue du pont de Nogent  (n° 2)

                      

 

      Les deux autres  13 x 18 cm, sont des portraits de Léon Payan, en couleur !

                                   Portrait encadré de verre opalescent   (n° 3)                                                   Portrait encadré de verre coloré  (n° 4)

            

       On peut voir  que les couleurs du vitrail n° 3 se sont estompées;

       il se distingue des  autres :  le montage est réalisé sous  baguettes de laiton

       et  le décor est constitué de bandes de verre opalescent (verre américain) trés décoratif !

                                                                   recto                                                                                                                               verso

      

 

          Ces  modèles proposés aux clients, sortaient de l'ordinaire .

 

               Mais le plus remarquable ici ce sont les photographies en couleur ! 

       D'après le portrait de Léon Payan, nous pouvons dater les vitraux de 1909 ou 1910. 

               A cette époque, comment produire des plaques photographiques en couleur ?

 

            Principe de la trichromie

    _Historique:

               En 1861 James Clerc  Maxwel démontre la synthèse additive trichrome.

       Il  projette trois images à travers trois filtres _ rouge, vert et bleu reconstituant l'image en couleur.

               Le 07 mai 1861, Charles Cros et Louis Ducos du Hauron présentent devant l'Accadémie des Sciences, leurs travaux respectifs sur la trichromie appliquée à la photographie.  Ces travaux parallèles et non concertés suivent les mêmes raisonnements et aboutissent aux mêmes résultats.

     _ la synthèse additive trichrome:

               Les couleurs sont obtenues par superposition de trois  lumières colorées primaires rouge, verte et bleue.

                   

  La combinaison du rouge et du vert  donne le jaune.

  La combinaison du rouge et du bleu donne le magenta.

  La combinaison du vert et du bleu donne le cyan.     

  La combinaison des trois couleurs donne le blanc.

  L'absence des trois couleurs primaires donne le noir.

           Une image formée à partir d'une multitude de groupes d'éléments microscopiques des trois couleurs permet de reconstituer les couleurs naturelles par confusion optique de l'oeil .

                            

                              Blanc,              jaune,         magenta,         cyan,               rouge,          bleu,            vert,                 noir.

 

           Deux grands procédés d'obtention des réseaux trichromes pour la photographie seront élaborés. Les couleurs primaires utilisées sont  le Bleu-violet, le vert et le rouge-orangé.

    _ Constitution des plaques photographiques couleurs:

          le réseau trichrome est réalisé sur une plaque de verre, puis il est protégé par un vernis transparent, on ajoute ensuite la couche sensible monochrome.

           la photographie est prise en plaçant la plaque de façon à ce que le filtre trichrome soit entre l'objectif et la couche sensible.

           Le développement produit un négatif, qui est ensuite inversé pour obtenir un positif.

           Le positif est vu par transparence en plaçant le fitre du coté de la source de lumière.

   

   _ Commercialisé depuis 1907  le  procédé le plus connu est l'Autochrome des frères Lumière.  

     les réseaux sont constitués de trois groupes de grains de fécules de pomme de terre colorés, répartis aléatoirement.

               

 

                       Voir la page:  =>   Autochrome       

         

   Un examen au microscope des portraits de Léon Payan, permet d'exclure ici l'Autochrome.

 

     Détails de la plaque photo n° 4:                                           Avec un grossissement de l'ordre de  x 20  la structure des trames lignées devient visible.

       

                               Avec un grossisement de  x 800, il devient possible d'étudier la structure des trames.

            

 

     la photo n° 3 présente les mêmes caractéristiques mais les couleurs ont fortement viré, le vert et le rouge ont quasiment disparu.

     

 

 _ Le 19 avril  1907, lors de la séance de la Société Française de Photographie,  Joseph Jougla présente un  procédé de trichromie nettement différent de l'Autochrome.

 

           Il s'agit d'un procédé à réseaux lignés conçu et breveté par Louis Ducos du Hauron, puis repris par son neveu et collaborateur R de Bercegol                         

                                    les plaques  "Omnicolore"      

 

 

 

                  

 

 

 

   

  

 

 

 

 

 

    

                                              

           Un premier procédé est décrit dans l'Aide-mémoire de Photographie pour l'année 1908, 33e année, 4e série, tome 3.

           L'obtention des réseaux se fait par une alternance de teintures et de gravures...   (Voir l'article complet, pages 141 à 145). 

 

                                                               

                     

            En décembre 1908 la société Jougla exploitante des brevets, met en vente de "nouvelles plaques photographiques en couleur": 

 

     Les photographies  de Léon Payan correspondent au procédé employé pour ces nouvelles plaques.

 

Le procédé est décrit dans les publications spécialisées, notamment dans la

Revue Photographique Artistique et Documentaire du Centre; 

n° 2, 2e trimestre 1909.

 

 

 

       

              Dans la revue L'Information Photographique, n° 1 de Janvier 1913,

    E Wallon reprend le descriptif de la fabrication des plaques "Omnicolore" et précise :

  

 

 

                           

 

 

           Les mesures réalisées sur les trames des photos n° 3 et 4, permettent de calculer une moyenne de 314 éléments au mm², ce qui semble indiquer l'usage de plaques produites dans les débuts. 

   Dans "l'Encycopaedia Juvinus Villa", ch IX, Usine Jougla, René Dennilauler cite  une publicité des plaques Omnicolore, indiquant une mosaïque de 320 points par mm². 

Quelques accidents (tâches blanches sur la photo n°4)  permettent de distinguer clairement les réseaux colorés, mais ausi la dégradation des couleurs de ces réseaux, particulièrement là où l'émulsion sensible a disparu.  A quelques endroits le retrait de l'impression rouge fait ressortir l'impression jaune sous-jacente .

 

            

     La vue  de gauche est extraite d'une zone où le rouge domine - les trames vertes et violettes sont recouvertes de la couche sensible foncée, ne laissant passer que la lumière fitrée rouge. Dans la même vue, la partie accidentée, où il n'y a plus de couche sensible, laisse apparaitre les trois trames.

           Le choix des plaques Omnicolore, de la société Jougla, par Léon Payan est très probablemnt lié à la proximité de son atelier et domicile, 11 Avenue du Bac, à Joinville le Pont. Il était situé à quelques centaines de mètres de l'usine Jougla dans le quartier de Polangis.

   

 La société anonyme Jougla fut fondée en 1894, par Joseph et Zacharie Jougla, à la suite du décés de Francois Graffe le premier associé de Joseph.

Joseph gérait la partie commerciale, Zacharie la partie technique.

L'usine de Joinville-le-Pont, ouvrit en 1901, pour la production de plaques,  papiers et produits de développement.

Louis Ducos du Hauron et son neveu, Raymond de Bercegol, proposèrent au frères Jougla en 1905 de réaliser industriellement des plaques phographiques  d'après les principes de trichromie décrits par Ducos du Hauron en 1868. 

Au début  1906 Louis Ducos du Hauron déposa un brevet sur le procédé, un an plus tard  furent  présentées les premières plaques  Omnicolore.

 

                                                                                       

 

La commercialisation commença fin décembre 1908.

En mars 1911 eut lieu la fusion des sociétés Lumière et Jougla qui prirent pour nom:

 "l'Union photographique industrielle" -Etablisse-ments Lumière et Jougla réunis-.

la nouvelle société favorisa commercialement  les plaques Autochrome des frères Lumière, et abandonna la fabrication des Omnicolore vraissemblablement en 1912.

 

 

 

 

 

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          Documents et Etudes complémentaires

 

     _ les deux autres vitraux  - Scène de battage et Vue du pont de Nogent - ( n° 1 et 2 ) sont aussi des photos en couleurs.

   

     _  Les  Photographies de Louis Lessieux. les réserves du musée d'Oléron, abritent une collection de plaques photographiques en couleur...

 

           

         Sources documetaires: voir la page  Inventaire, sous menu: Bibliographie

 

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© 2017 Daniel Guyez